logo

Cheikh Zidor

L’expérience plastique de Cheikh Zidor est marquée par une maturité et une profondeur qui transcendent le jeune parcours de vie de l’auteur. Pour celui qui n’a jamais rencontré Cheikh Zidor, le premier contact avec son travail laisse supposer un créateur à l’âge relativement avancé qui aurait longuement mûri sa réflexion. De plus, les textes critiques sur son travail évoquent souvent les questions de mémoire, spiritualité, nostalgie historique, Fès, Tétouan,…En somme l’imaginaire d’un artiste qui serait fortement imprégné par l’écoulement du temps. Or lorsqu’on rencontre Cheikh Zidor, l’artiste est né en 1976, on découvre un créateur jeune, paisible, serein et détaché du vacarme et des bruits de son temps. Il n’est pas dans l’urgence ou la précipitation créative. Il mène une prospection plastique mûrement réfléchie. D’ailleurs, ses œuvres n’intègrent pas les thèmes à la mode chez la majorité des artistes de sa génération. Probablement, le patronyme Cheikh, associé à la sagesse dans notre milieu socio culturel, peut induire aussi une prédisposition pour la prise de distance et le recul. Il a réussi à construire une œuvre personnelle, forte émanant à la fois de « la maturité et de la jeunesse »,… de la « fraicheur du regard et la profondeur de la réflexion »… Cela lui accorde une place à part au sein de la scène plastique nationale avec aussi un prolongement remarquable à l’international. Sur le plan pictural, la singularité de son travail émane d’une abstraction fondée sur l’équation clair-obscur mais traité selon un mode particulier qui intègre plusieurs dimensions. Toutes les œuvres déploient des effets de « pulvérisation de lumière », « éclat », « lueur »,…faisant jaillir par contraste les autres tonalités. La toile est marquée par des formes compactées ou massives. Parfois des barres, des empreintes ou des sortes de fibrilles,…Mais le tout est construit autour de la notion centrale de l’ « éclat ». L’ éclat dans son double sens. Celui de la « luminosité» et aussi celui de la « fragmentation » et de la « dispersion ». Les formes sont également le produit de mouvements de bras amples, précis en « un seul coup ». Ils peuvent être apparentés à la « peinture gestuelle » qui est, constamment, à la recherche du geste empli d’énergie et de vérité. Ces mouvements se déclinent en tonalités sombres qui contrastent avec les taches lumineuses. Dans ce sens, lors d’une exposition de l’artiste à Rome en mai 2015, le thème « Dans l’ombre de soi » a été « non pas traduit »…mais « complété » par l’intitulé italien « Il Caleidoscopio dell’ Interiorità » « Kaléidoscope de l’intériorité ». Ce double titre explique parfaitement les fondements de l’équation chromatique de Cheikh Zidor. D’un coté, l’ombre et de l’autre la polarisation luminescente. Comme ces jeux de miroir du kaléidoscope qui fractionne le spectre de la lumière. Son expérience plastique est aussi associée à sa ville natale Fès. Mais il peut paraitre ardu pour certains d’y déceler l’influence directe de Fès. Ses compositions abstraites ne renvoient pas à une réalité palpable de la cité, mais le lien avec cette ville existe. L’énigme n’est qu’apparente car Fès est pleinement intégrée dans l’équation chromatique de Cheikh Zidor. Et ce à deux niveaux. Le premier niveau est le référentiel « ombre et lumière » des ruelles de la Médina qui a marqué l’imaginaire de l’artiste. Avec ces séquences presque ténébreuses mais qui laissent apparaitre au détour d’un passage une forte luminescence. Et aussi les accès sombres des demeures anciennes qui débouchent sur un choc de lumières et de couleurs dans les patios. En somme, l’œuvre intègre indirectement l’héritage patrimonial architectural et urbanistique marocco andalous. Le deuxième niveau de présence de Fès se manifeste à travers les couleurs de ses remparts. Les couleurs choisies par l’artiste rappellent souvent les nuances polychromiques des murailles et des remparts. Ces pigmentations patinées par le temps proviennent des matériaux ayant servi à l’édification. La couleur du pisé, de la terre argileuse graveleuse parfois recouverte de chaux teintée. Ces pigments qui mêlent toutes les nuances de l’ocre, l’orange, le jaune,… et le tout traversé par les différentes nuances du vert. Cette végétation fine qui après la pluie ou le brouillard s’étale sur des pans de remparts. Des couleurs qui ne cessent de changer et de muter selon la position du soleil. L’imaginaire de l’artiste semble ainsi reproduire les nuances chromatiques des murailles de sa ville. C’est comme si ces remparts étaient, dans son imaginaire, une sorte de « palette géante » de laquelle Cheikh Zidor prélève avec son pinceau les couleurs qu’ils déposent sur ses toiles. Tout cela est évidemment associé à la mémoire, au temps, au souvenir, à l’histoire et à la quête des origines. Son abstraction se nourrit pleinement de ce référentiel mémoriel. Ses œuvres sont aussi remarquables par la forme circulaire (peinte) intégrée ou juxtaposée sur un carré sombre, parfois blanc. Au premier regard, le cercle peint produit une illusion optique de « grossissement ». On a l’impression d’un effet d’amplification ou d’agrandissement avec un instrument optique… d’une petite surface circulaire des couleurs de la muraille. Cela nous ramène à la métaphore « muraille/palette ». Le cercle peint par l’artiste devenant ainsi une sorte de focalisation au cœur de l’équation chromatique. Un effet de loupe permettant à l’artiste d’analyser, décomposer et fractionner toutes les nuances et les tonalités des pigments. Mais au-delà de cette première illusion optique, il est évident qu’il faut surtout lire la présence du cercle et du carré dans ses œuvres selon la grille du symbole et de la spiritualité. Le cercle et le carré sont des figures « essentielles » dans de nombreuses cultures. Le cercle solaire et le cercle lunaire sont les premières formes géométriques identifiées par les humains. Ils ont été associés au miracle et au mystère de par leur « disparation » et « réapparition » incessantes et perpétuelles. Chacun renvoyant à une vérité. Entre autres celles du visible et de l’invisible. Ces deux disques originels renvoient aussi à la sphéricité qui organise le système galactique. Ils ont inspiré tant de mythologies et cosmogonies. Le cercle est souvent considéré comme le point fondateur, l’emblème de ce qui peut « être »… de ce qui peut « exister ». Il renvoie à la perfection du monde émanant de la puissance divine. Cette forme est associée à une profonde spiritualité, une transcendance, une aspiration à la perfection. Or, quand le cercle et le carré coexistent dans une même composition, un même agencement graphique, une même figure,… leur « opposition » prend sens. Ce qui est le cas dans l’expérience de notre artiste qui fait cohabiter le cercle et le carré. Leur antagonisme ou leur opposition … évoque immédiatement un sourd combat entre l’aspiration à la transcendance (symbolisée par le cercle) et la réalité physique et matérielle (représentée par le carré). C’est évidemment la métaphore de la condition humaine partagée entre le désir d’élévation et les turpitudes terrestres. Cette dimension philosophique, spirituelle et mémorielle dans l’expérience plastique de Cheikh Zidor invite à la méditation et à la contemplation. Elle est aussi renforcée par une sorte de magnétisme issu d’œuvres fascinantes mêlant allégresse visuelle et profondeur du sens.
Participations 2009 Beyrouth Des ateliers de peinture dans le cadre des jeux de la francophonie. 2000 Rabat Du 2 au 11 Décembre l’atelier de l’artiste ALAIN FLEISCHER, en vue de la réalisation d’une installation à l’espace FATH. Principales expositions individuelles 2017 Rabat Galerie Mohamed El Fassi. 2015 Rome Galerie de Palais Citerna, Organisé par la Fondation Ducci. 2010 Fès Galerie Med Kacimi. 2010 Paris La Cité Internationale des Arts. 2010 Casablanca Galerie Mémoarts. 2009 Fès L’institut français. 2008 Tanger Lineart Galerie. 2006 Fès Bab El Makina . Festival des musiques sacrées du monde. 2003 Fès Musée Al Batha. 2002 Canada Show Gallery. Principales expositions collectives 2017 Rabat Galerie Bab Rouah, Extraits de la collection d’art de la Fondation Ducci. 2016 Rome Atelier Montez , ROME ART SEMAINE. 2016 Bucarest Bibliothèque Nationale. 2014 Fès AQUAS Art Gallery, Organisé par la Fondation Ducci . 2011 Fès Galerie Palais Jamai. Organisé par Maroc Pretium. 2010 Roumanie International-Art Aiud. 2009 Beyrouth Galerie Palais de L’UNESCO. 2008 Casablanca Galerie Mémoarts . 2005 Fès Institut Cervantès. 2002 Fès Musée Al Batha.